Solitude

one shot Tokyo Ghoul :re


« – Kuki-kun? » La voix fluette de Mutsuki fit grogner Urie. Il se retourna dans son lit, face à la porte et la fixa. Aurait-il le courage de l'ouvrir, cette fois-ci ? C'était facile pourtant. Il n'avait qu'à se lever, faire quelques pas et baisser la poignée. Alors il se trouverait en face de l'autre qui lui lancerait un sourire plein de compassion et lui tendrai sûrement un café ou quelque chose du genre. Oui, Mutsuki était tellement prévisible...

« – Kuki-kun... J'ai un café et une part de gâteau pour toi ! » Ah ! Il l'aurait parié. Pourtant, cette fois-là, Urie ne se leva pas de son lit. Comme toutes les fois précédentes. Il se tourna sur le dos et regarda son plafond. Il était blanc cassé. Cette information sans aucune importance était celle qui l'empêchait de sombrer dans la folie. Tant que le plafond de sa chambre restait blanc cassé alors sa vie restait la même. Il devait se concentrer sur sa promotion. Ne rien laisser entraver sa marche vers la gloire.

« – Les sentiments n'ont rien à faire ici. » C'était la phrase qu'il répétait en boucle.

Ses yeux se fermèrent tous seuls et il se rendormit. C'est tout ce qu'il faisait de ses journées; dormir et pleurer. Comme une de ces pisseuses en pleine rupture ou une vieille ayant perdu son chien.

Mutsuki resta quelques instants derrière la porte avant de soupirer et d'aller voir Yonebayashi. Elle aussi était inconsolable. Jamais Tooru n'avait vu ses compagnons dans un tel état. C'était terrible pour lui. Surtout avec le départ d'Haise, il se sentait si abandonné. Comment aurait-il la force de gérer tout ça en étant autant seul ?

« – Saiko ? Tu vas mieux ? » Il entra dans la chambre de son amie et ne fut pas surprit de ne pas la voir directement. Seules quelques mèches de ses cheveux bleus dépassaient de sous son édredon. Ce dernier tremblait dans tous les sens et un son de sanglots s'en échappaient. Le cœur de Mutsuki se serra. Il ramassa les vêtements qui traînaient et la vaisselle sale avant de sortir en silence.

« – Bonne nuit Saicchan. » Dit-il doucement en refermant la porte derrière lui. Cela faisait deux semaines que l'enterrement avait eu lieu et même s'ils avaient réussi à garder la face durant la cérémonie, ils étaient tous directement retournés dans leurs chambres et n'en étaient pas sortis. Mutsuki s'autorisait à entrer dans la chambre de Saiko pour la réconforter et pour la calmer durant la nuit quand elle se réveillait en pleurant mais... Il n'osait pas approcher la chambre d'Urie. Il avait trop peur qu'il lui en veuille pour toujours d'avoir osé pénétré dans son sanctuaire...

Après avoir fait sa ronde nocturne, il descendit au salon et alluma la télé. Plusieurs émissions parlaient encore et toujours des goules et il était très difficile de trouver quelque chose qui ne tournait pas autour de ça. Heureusement, Mutsuki tomba sur une chaîne culinaire et, vu qu'il n'y avait que ça, regarda soigneusement la préparation de pancakes d'anniversaire.

Du côté d'Urie, presque rien n'avait bougé. Il dormait toujours. D'un sommeil sans rêve. Non, la seule chose qui venait le visiter la nuit, c'étaient ses cauchemars. Il se réveillait souvent en sueurs, des larmes coulants sur ses joues et son corps tremblant. Il n'était jamais aussi inoffensif que pendant la nuit. Mais, au contraire de Saiko, ses cris étaient silencieux. Personne n'entendaient ses appels au secours et jamais Urie n'oserait tendre la main dans l'espoir que quelqu'un l'attrape. C'était bien ça son plus gros problème.

Depuis plus de deux semaines, il ne sortait de sa chambre que quand il était sûr que Mutsuki et Saiko dormaient profondément. Il passait dans chaque pièce pour voir ce qui avait changé puis faisait des provisions de nourriture et remontait directement dans sa chambre. La maison semblait tellement vide sans lui...

Quand il se réveilla cette nuit-là, rien n'était différent. Le plafond était toujours blanc cassé, les larmes coulaient toujours sur ses joues et son cœur battait toujours la chamade. Pourtant, il n'était pas seul dans la pièce. Une autre respiration, régulière, se faisait entendre. Il regarda vite autour de lui avant de voir la petite masse endormie à côté de lui. La couleur verte des cheveux trahit la présence de Mutsuki. Au début, Urie ne comprit rien.

Que faisait-il là ? Pourquoi Tooru dormait-il dans son lit ? Il posa sa main sur l'épaule du plus petit mais la retira directement; Mutsuki se retourna et leva vers lui ses grands yeux rouges et endormis.

« – Qu'est-ce que tu fais là, Tooru ? »

« – Je-je t'ai entendu crier. C'était horrible alors je suis tout de suite venu... » Le plus petit des deux détailla alors Urie; ses yeux étaient rougis par ses crises de larmes incessantes, il avait un début de barbe et des cernes impressionnantes. Son teint très pâle faisait ressortir ses grains de beauté et sa voix était beaucoup plus rauque que d'habitude. Le violeté se recoucha alors dans le lit et lui tourna le dos avant de s'enrouler dans son duvet.

Mutsuki, qui était à présent assit sur le bord du matelas, posa une main timide sur l'épaule de son ami et soupira.

« – Urie, même si tu dois le penser souvent, même si tu dois le ressentir tous le temps, tu n'es pas seul. Jamais. Il y a Saiko, Haise et moi. Mais aussi tous les autres. »

L'intéressé ne répondit rien et Mutsuki retira sa main de son épaule. Les larmes coulaient, silencieuses, sur sa peau mate.

« – Urie... S'il te plaît, parle-moi. Tout va bien aller. Je suis là pour toi. » Le corps du concerné tremblotait et des sanglots silencieux s'échappaient de ses yeux. Non, jamais il ne pourrait lui dire. Jamais il ne pourrait partager sa peine avec lui. C'était quelque chose d'impossible, d'inavouable.

« – Urie... S'il te plaît. » La voix de Mutsuki était tremblante elle aussi. Il le sentait. Il avait peur, il avait mal.

D'un coup, il se retourna et attrapa le plus petit avant de le serrer contre son torse. Il tressaillit; cela faisait tellement, tellement longtemps qu'il n'avait pas eu de réel contact humain. La chaleur qui émanait du corps frêle de Mutsuki était un tel réconfort... Et dieu ce qu'il sentait bon.

Les deux restèrent comme cela pendant plus d'une heure, pleurant l'un contre l'autre sans un mot. Puis une petite tête timide passa dans l'entrebâillement de la porte avant de courir jusqu'au lit et de se glisser entre ses amis.

Non, même dans les épreuves les plus difficiles, ils n'étaient jamais seuls.